Monthly Archives: March 2015

L’Islande est un autre pays

Vous connaissez cette blague sur le cannibale qui prend l’avion en première classe ? L’hôtesse lui apporte le menu, bien garni. Le cannibale la remercie, survole les plats et dit : “Je ne vois rien de bien croustillant à me mettre sous la dent. Auriez-vous l’amabilité de m’apporter la carte des passagers ?” Mon intention n’est pas de comparer à des cannibales les superriches d’Islande, qui, avec le gouvernement, nous ont expropriés. Mais, après avoir presque tout obtenu – les banques et les entreprises nationales – c’est un peu comme s’ils avaient dit au gouvernement et à l’autorité de contrôle des banques : il n’y a plus rien de croustillant au menu. Auriez-vous l’amabilité de m’apporter la carte des enfants du pays ? Je n’ai pas non plus l’intention de comparer des politiciens lambda à Kim Jong-il ou à Kim Il-sung. Pourtant, lorsque les nantis de ce pays ont demandé au gouvernement la carte des habitants, le gouvernement et son organe de contrôle semblent avoir répondu : oui, certainement. Pouvons-nous faire autre chose pour vous ? C’est une trahison pure et simple. C’est pourquoi nous ne pouvons qu’exiger – nous qui n’avons rien d’autre que nous-mêmes, nos enfants et nos petits-enfants – que ceux qui se sont enrichis à nos dépens rendent des comptes et que leurs biens soient gelés. La respon­sabilité qu’ils prétendaient endosser justifiait, paraît-il, leurs supersalaires. Aujourd’hui, il faudrait les prendre au mot et ne pas démordre de leur responsabilité. Au lieu de quoi, leurs pertes sont nationalisées et le système doit ouvrir une instruction sur lui-même. A l’aune d’un tel monde, Franz Kafka devient tout à coup réaliste. Certaines exigences de la population ont certes été satisfaites : le gouvernement est tombé ; la direction de l’autorité de contrôle a été remplacée. Mais le vieux système continue à bien se porter. La corruption financière s’étend jusqu’au gouvernement de Geir Haarde. Pendant ce temps, l’Islande est assise sur une dette de plusieurs milliers de milliards de couronnes, dette que nous devons rembourser, nous, nos enfants et nos petits-enfants, qui dépendons à présent tous de la bienveillance du FMI et d’autres bailleurs de fonds. Face à cette pagaille, on peut se demander si Karl Marx n’avait pas finalement raison. Un ami qui a lu l’intégralité du Capital m’explique que, dans le troisième tome, Marx parle de “capital fictif” : les profits ne reposent sur au­cune valeur réelle ; des papiers sans valeur, c’est-à-dire irréels, passent de main en main. Voilà le genre de tour de passe-passe que les néocapitalistes islandais ont bricolé, eux que l’on surnommait les Vikings de l’exportation et que l’on considérait comme des hommes d’affaires chics et agiles. Eux que l’on décrivait comme des demi-dieux – dans les journaux qu’ils possédaient. Ils se consacraient à de nobles tâches, tandis que leurs épouses défendaient la cause des enfants d’Afrique. Ces hommes achetaient des parts de sociétés, devenaient majoritaires, fondaient de nouvelles entreprises, se les vendaient et empochaient les plus-values. Voilà le secret du tour de passe-passe. Et nombreuses sont les so­ciétés en bonne santé, productives, qui sont restées sur le carreau. Lire la suite sur http://www.agence-seminaire-islande.fr

 

La France continue de perdre face à l’Europe

C’était un combat de culture, et d’exception culturelle, et cette fois encore, la France a perdu face à l’Europe. La France ne pourra pas continuer d’appliquer un taux de TVA réduit sur les livres numériques et devra donc appliquer le taux de TVA normal de 20%, a tranché jeudi la Cour de justice de l’UE. La Cour a donné raison à la Commission européenne, qui avait introduit des recours contre la France et le Luxembourg, qui appliquent depuis le 1er janvier 2012 un taux de TVA respectivement de 5,5% et 3% à la fourniture de livres électroniques. La Commission européenne avait demandé à la Cour de constater que l’application d’un taux de TVA réduit par ces deux pays sur les livres numériques allait à l’encontre de la directive TVA. La France avait délibérément pris le risque de se mettre en infraction avec la législation européenne sur la TVA, afin de garantir un traitement équivalent de l’accès à la culture quel que soit le support. La Cour a tranché jeudi en faveur de la Commission, en concluant que le taux réduit de TVA est applicable uniquement à la fourniture de livres “sur tout type de support physique”. Si le livre électronique nécessite afin d’être lu un support physique, comme un ordinateur, “un tel support n’est cependant pas fourni avec le livre électronique”, relève la Cour. Par ailleurs, elle souligne que “la directive TVA exclut toute possibilité d’appliquer un taux réduit de TVA aux services fournis par voie électronique” et estime que “la fourniture de livres électroniques constitue un tel service”, et non une livraison de biens. La France ne pourra donc plus appliquer aux livres numériques le taux réduit de 5,5% qu’elle applique aux livres papier. La France s’expose à une décision du même ordre concernant la TVA réduite qu’elle applique à la presse en ligne. La législation européenne interdit en effet explicitement d’accorder un taux de TVA réduit à la presse en ligne et aux publications électroniques. Or la France, pressée par des sites d’information en ligne comme Mediapart, applique depuis l’an dernier à la presse électronique un taux de TVA réduit de 2,1%, comme pour la presse papier, afin de soutenir un modèle économique encore fragile. La Commission européenne estime qu’une telle politique crée des distorsions de concurrence entre Etats membres.

Le climat de Mr Hulot

L’« envoyé spécial pour la planète » enchaîne les déplacements pour que la conférence climatique de Paris, en décembre, aboutisse à un accord. Au moment où François Hollande est en visite aux Philippines pour appeler à la mobilisation internationale autour des enjeux climatiques, La Vie a rencontré Nicolas Hulot et évoqué avec lui la préparation de cet événement. A 59 ans, Nicolas Hulot prend très au sérieux son rôle d’« envoyé spécial pour la protection de la planète ». Le plus célèbre écologiste français continue certes à se déplacer aux quatre coins du monde. Mais ce n’est plus pour enregistrer des séquences pour Ushuaïa, l’émission TV à laquelle il a mis fin en 2014, mais pour porter la parole climato-­diplomatique de la France. Avec un seul et unique objectif : créer les conditions d’un accord mondial de réduction de gaz à effet de serre à la conférence sur le climat prévue à Paris, en décembre 2015. Vaste tâche… La liste de ses déplacements est impressionnante : États-Unis et Chine bien sûr, les deux plus gros pollueurs de la planète. Mais aussi dans des endroits plus inattendus, comme le Sénégal, le Vatican ou encore, ce jeudi, les Philippines, archipel en première ligne du changement climatique. Il y accompagnera François ­Hollande dans une délégation un peu hétéroclite, réunissant le climatologue Jean Jouzel, le patriarche ­Bartholomée, l’actrice Marion ­Cotillard… L’occasion de faire le point sur les chances réelles de réussite de la conférence de Paris, dans un contexte géopolitique particulièrement tendu. À bientôt neuf mois de la conférence sur le climat de Paris, en décembre 2015, êtes-vous optimiste sur les chances d’arriver à un accord mondial de réduction des gaz à effet de serre ? C’est trop tôt pour être défaitiste et trop tôt pour être optimiste, car tout est encore possible. Il y a des signaux positifs. D’abord avec l’accord, certes insuffisant mais symboliquement important, signé en novembre 2014 entre les États-Unis et la Chine, les deux plus gros pays émetteurs de gaz à effet de serre. Puis dans la volonté des 195 pays de ne pas bloquer le processus actuel de négociations ou encore dans les innovations technologiques mises en œuvre dans les centres de recherche et les entreprises pour passer à une économie bas-carbone. Mais la crédibilité de l’accord de Paris ne se jugera pas uniquement sur les objectifs de réduction de gaz à effet de serre, mais aussi et surtout dans les instruments qui financeront les mesures qui accompagneront cette ­transition. Par exemple, comment allons-nous aider les pays les plus démunis à se développer sans passer par la case énergies fossiles ?