Monthly Archives: March 2016

Quand un processus naturel devient un frein à la croissance

Dernièrement, je me suis rendu à Bilbao pour assister à un colloque qui, contre toute attente, s’est avéré plutôt intéressant. Il s’agissait d’un colloque économique consacré aux questions sociales, et je dois admettre que j’y suis allé en traînant des pieds. Mais j’ai bien vite changé d’avis une fois sur place, en particulier en entendant une certaine intervention. La plupart des interventions avaient un vague air de déjà-vu, mais un intervenant a abordé la question de la redistribution des richesses sous un angle original : il a démontré, avec de nombreux exemples à l’appui, comment et pourquoi la répartition de la richesse se faisait en fait tout naturellement en fonction du niveau de développement d’un pays. Je vais essayer de récapituler son propos de manière claire. Dans les sociétés où règne une pauvreté endémique, l’inégalité s’avère assez faible. Ce qui est, somme toute, logique : toute la population se trouvant prise dans le même état de précarité, les écarts de revenus s’avèrent plus restreints. C’est à partir du moment où une société commence à s’enrichir que l’inégalité prend de l’importance. Pendant cette période déterminante, la réussite tient en effet dans la plupart des cas dans l’accès aux moyens financiers. Etant donné que ces facteurs divergent considérablement d’une personne à l’autre, l’enrichissement au sein de la société est lui aussi partagé de façon très inégale. Ca, c’est le premier niveau d’évolution. Le second degré est atteint lorsque la société atteint un certain niveau de revenus. L’inégalité devient dès lors un sujet essentiel et la question de la répartition gagne vite en importance. Le citoyen conduit à faire de la redistribution une priorité dans l’agenda politique. C’est à ce stade que sont actuellement la plupart des pays occidentaux. Une politique qui a évidemment un impact considérable sur l’économie, comme le soulignait l’intervenant de ce colloque à Bilbao. Car cette obsession croissante apportée à la répartition nous a fait perdre de vue l’intérêt qu’il fallait porter à la prospérité. Serait-ce là la prochaine phase de l’évolution sociale ? Un mix plus équilibré entre social et libéral ? J’ai véritablement aimé ce séminaire en Espagne – et je vous invite à suivre le lien pour vous inscrire au prochain événement l’année prochaine.

Les dons passent aussi par le Crowdfunding

La clochette de l’Armée du Salut tinte au-dessus du chaudron de Noël depuis 150 ans. Mais cet appel aux dons ancestral est aujourd’hui distancé par des campagnes au retentissement beaucoup plus grand, aux montants encore plus impressionnants, sans avoir à mobiliser des bénévoles dans le froid. Ces collectes ont trouvé un nouvel allié : les plateformes de financement participatif. Adieu la clochette, bonjour Internet. Un nombre croissant d’associations, d’ONG, et même des antennes des Nations unies, organismes intergouvernementaux, lancent de nouvelles pistes pour récolter des dons ou financer des projets humanitaires en ligne. Un moyen moins humain peut-être mais plus efficace. Le Haut commissariat aux réfugiés (HCR) vient ainsi de lancer une campagne sur le premier site de crowdfunding mondial, l’américain Kickstarter. Les fonds collectés doivent financer des aides d’urgences pour les réfugiés, notamment Syriens. Pour chaque somme, le site donne une indication de son utilisation : 30 dollars permettent de couvrir des besoins en eau de 50 personnes et 600 dollars donnent accès à l’éducation et aux soins pour un enfant pendant un an. A la différence des autres campagnes Kickstarter, il n’y a pas de montant minimum en deçà duquel celle-ci échoue sans recevoir un centime : tous les fonds récoltés seront utilisés (ils sont d’ailleurs déductibles fiscalement). L’initiative a déjà largement dépassé le million de dollar récolté, une somme qu’il aurait été bien difficile de mobiliser en dehors de la plateforme et qui ravit Céline Schmitt, responsable de l’information à l’UNHCR de Paris : « Nous essayons de développer de nouvelles levées de fonds privées car les ressources des Etats ne suffisent plus face aux crises. » D’autres projets sont en cours d’élaboration, avec Airbnb notamment, pour pallier ce manque. Selon l’UNHCR, moins de la moitié de ses actions pour les réfugiés autour de la Syrie ont trouvé les financements nécessaires pour cette année. L’exposition et l’efficacité de ces campagnes sur Internet les ont rendues indispensables. Dans cette veine, d’autres associations ont aussi lancé des collectes, comme SOS Méditerranée qui, avec le soutien de Médecins du monde, récolte des dons sur le site Ulule pour financer un bateau et aller en aide aux réfugiés. La campagne a déjà recueilli plus du double de son objectif initial. Même démarche après les inondations meurtrières dans le sud de la France, le journal local Nice-Matin a lancé un groupe d’entraide sur Facebook et une cagnotte sur Ulule. Il faut dire que le journal connaît bien les vertus de la plateforme, c’était grâce à elle que les salariés avaient récolté en 2014 plusieurs centaines de milliers d’euros pour racheter leur propre entreprise. Pour le directeur général adjoint du site de financement participatif français Ulule, Mathieu Maire du Poset, ces initiatives existent depuis leur lancement il y a cinq ans : « On a déjà eu plus de 3 000 projets portés par des associations pour des projets humanitaires ou solidaires. Les petites associations le font surtout parce qu’elles n’ont ni les moyens, ni les compétences pour organiser une récolte de dons traditionnelle. Les grandes associations, comme la Croix Rouge, le font pour diversifier leurs actions et leurs publics. » S’immiscer dans des modèles déjà répandus sur Internet pour toucher des publics qui ne feraient pas l’effort de se mobiliser dans d’autres structures : ce serait la clé du succès. Même si ce modèle n’est pas toujours adapté et peut présenter des effets pervers. Ainsi, les sites de financement participatif fonctionnent souvent comme un système de prévente, avec des contreparties. Chez Ulule, cette règle vaut pour 98% des projets, ceux-ci ne peuvent être considérés comme des dons. Lorsque des associations reconnues d’utilité publique veulent véritablement mettre en place une campagne de dons – donnant droit aux déductions fiscales qui vont avec – d’autres règles doivent être respectées. La contrepartie ne peut pas alors dépasser 25% de la valeur du don.

L’enfer de la Syrie

Un an après le lancement des raids aériens, alors que Paris et Moscou entrent en scène, la situation ne cesse d’empirer pour les Syriens. Témoignages de réfugiés en Turquie.Dans son habit noir de deuil, la jeune veuve chétive, réfugiée depuis quelques jours chez sa tante à Nizip, cité turque frontalière de la Syrie, a perdu même l’énergie et la voix pour protester contre son sort. Depuis la mort de son mari, lors d’un raid aérien mené par les appareils de la coalition internationale, elle a tout essayé pour rester dans sa ville de Manbij, située à une cinquantaine de kilomètres au nord-est d’Alep et contrôlée depuis près de deux ans par Daech. La jeune femme a réclamé auprès des services du groupe Etat islamique l’allocation prévue pour les veuves, qui devait leur permettre de survivre tant bien que mal, à elle et à ses deux petits, âgés de 1 et 3 ans. “Ils m’ont imposé de suivre une formation durant un mois à la mosquée, explique-t-elle. Ensuite, malgré une série de démarches administratives, ils ne m’ont rien donné. Pourtant, ils avaient réquisitionné mon mari, employé à la compagnie d’électricité. Il a été tué lors d’un bombardement alors qu’il posait un câble. En général, seuls les habitants sont touchés par l’aviation. Les chefs de Daech et leurs djihadistes étrangers y échappent la plupart du temps. Dès qu’ils se cachent, nous autres, les civils, nous savons qu’une frappe est imminente.” Depuis plus d’un an, la coalition internationale réunie par les Etats-Unis a mené des centaines de raids aériens en Irak et en Syrie contre les positions du groupe Etat islamique. Le bilan des opérations est pour le moins mitigé. Depuis quelques jours, pourtant, voici que d’autres avions de combat traversent le ciel syrien. L’offensive fracassante du président de la Russie, Vladimir Poutine, le 28 septembre, à la tribune de l’Assemblée générale de l’ONU puis celle de son aviation sur le territoire syrien ont suivi de peu les premières frappes françaises contre des positions de Daech. Au nom de la lutte contre l’organisation terroriste, une nouvelle compétition oppose les grandes puissances, engagées dans une guerre à l’efficacité douteuse sur l’ennemi désigné. Les habitants des zones bombardées sont les seuls à pouvoir témoigner concrètement de leurs effets. Eux seuls peuvent mettre des noms sur les “536 à 1550 civils tués par les frappes”, selon les chiffres officiels du Central Command (Commandement central des forces armées) des Etats-Unis, qui revendique par ailleurs la mort de 15000 combattants de Daech. Ce dernier bilan soulève depuis quelques semaines une polémique jusque dans les milieux du renseignement américain. Car les rapports des analystes du Central Command auraient été “enjolivés”, selon plusieurs médias américains, afin de satisfaire les exigences de la Maison-Blanche, décidée à présenter des résultats positifs dans sa lutte contre l’organisation terroriste. Vue du terrain, Daech ne semble pas avoir beaucoup souffert d’une année de frappes quotidiennes sur les zones qu’elle contrôle. Au mois de mai dernier, les djihadistes sont même parvenus à étendre leur territoire aussi bien en Irak, en conquérant la ville de Ramadi, qu’en Syrie, en prenant Palmyre. Avant d’entrer en action et afin de démontrer que seul le régime de Bachar el-Assad, allié de Moscou, saurait combattre le terrorisme, les Russes ont débarqué ces dernières semaines sur la côte syrienne des renforts substantiels en hommes et en moyens militaires lourds, notamment aériens. Le 17 septembre dernier, à Raqqa, “capitale” de l’Etat islamique autoproclamé, dans le nord du pays, un habitant parle de “folie meurtrière sans précédent”. Après des mois d’absence, l’aviation du régime a mené une douzaine de raids sur différentes positions habituellement visées par la coalition dans la ville, faisant au moins 40 morts parmi les civils. Le lendemain, c’était au tour de Palmyre de découvrir la nouvelle puissance de feu de l’armée syrienne, qui a dû abandonner la “perle du désert” à Daech en mai dernier. Pas moins de 25 raids ont été comptés en une journée, entraînant la mort d’une trentaine de civils. Comme souvent, le nombre des pertes dans les rangs de Daech reste un mystère.