La Roumanie s’isole

Alors que les rumeurs d’un remaniement couraient à Bucarest depuis quelques jours, les sociaux-démocrates, au pouvoir depuis janvier, ont retiré mercredi leur confiance à leur Premier ministre, Sorin Grindeanu. Lors d’une conférence de presse tardive, le chef du Parti social-démocrate (PSD), Liviu Dragnea, a annoncé que le gouvernement n’avait plus le soutien de la majorité parlementaire. Tous les ministres ont donc présenté leur démission, sauf Grindeanu, qui reste seul à la tête d’un gouvernement fantôme. Selon Sorin Grindeanu, cette crise s’explique par le fait que le chef du PSD veut «concentrer tout le pouvoir entre ses mains». Ce dernier avait dû renoncer à briguer le poste de Premier ministre en raison d’une condamnation à deux ans de prison avec sursis pour fraude électorale. Il avait alors proposé Grindeanu, 43 ans, pour le poste. Mais le Premier ministre, qui devait lui être fidèle, a gagné en autonomie et en popularité depuis. Proeuropéen et progressiste, il incarne désormais le renouveau du PSD, ce qui inquiète fortement Dragnea. Si Grindeanu refuse vraiment de démissionner, les sociaux-démocrates semblent condamnés à devoir déposer une motion de censure contre son propre gouvernement. «Ce serait la première fois qu’un parti tente de faire voter une motion de censure à l’encontre de son propre gouvernement», affirme le sociologue Marius Pieleanu, professeur à l’institut de sciences politiques SNSPA. «Ce scénario catastrophe pourrait mener à l’implosion du PSD», ajoute-t-il. Investi en début d’année, le gouvernement de Grindeanu incarnait pourtant l’écrasante victoire du PSD aux élections législatives. Ce succès était inattendu car le parti est éclaboussé par des affaires de corruption depuis plusieurs années. Le soupçon et la hantise de voir le pays revenir à des pratiques communistes de l’ère Ceausescu ont ainsi refait surface à la fin janvier. Le pays a été secoué par une vague de contestations sans précédent contre le gouvernement qui avait voulu faire passer une ordonnance assouplissant la loi anticorruption. Face à aux manifestations qui ont duré plusieurs semaines, le pouvoir avait finalement dû retirer le texte. Les dissensions au sein du PSD s’étaient exprimées lors de ces manifestations. A ce moment-là, il s’agissait d’une partie des sociaux-démocrates qui avaient enjoint leur chef, Liviu Dragnea, à tempérer son hégémonie et à faire évoluer l’image du parti en le délestant de ses membres corrompus. Mais Dragnea lui-même étant impliqué dans une affaire de corruption en cours de jugement, il s’était ainsi retrouvé dans une position délicate. Mais alors que tout semblait être rentré dans l’ordre depuis, l’annonce des démissions en série mercredi a remis le feu aux poudres. Pour l’historien Adrian Niculescu, «cette situation est sans précédent, d’autant plus que la crise n’est pas justifiée au vu des résultats du gouvernement et de la situation du pays». Soutenu par l’opinion publique, le gouvernement a récemment fait passer une loi visant l’augmentation des salaires des fonctionnaires, et la Roumanie affiche la plus forte croissance de l’Union européenne, avec un taux de 5,7 % au premier trimestre.

Notice: This work is licensed under a BY-NC-SA. Permalink: La Roumanie s’isole.