Eaux usées : problèmes persistants et possibilités d’expansion en Amérique latine

Dans l’ensemble, la région n’a connu que des projets de traitement des eaux usées isolés en réponse à des problèmes sociaux et environnementaux locaux, et non des programmes intégrés et durables à l’échelle nationale. Par ailleurs, de nombreuses stations de traitement des eaux usées, tout particulièrement dans les petites communautés, pâtissent d’une exploitation et d’une maintenance médiocres et finissent même parfois par être abandonnées en raison du manque de moyens techniques et financiers des autorités locales et des prestataires de services. La plupart de ces installations sont de taille réduite et ne sont pas en mesure de tirer profit des économies d’échelle, ce qui implique des coûts élevés et une forte probabilité de non-conformité avec les normes en matière de rejets. Les eaux usées urbaines sont toujours considérées comme des déchets impliquant des coûts supplémentaires plutôt que comme une source potentielle d’approvisionnement en eau et de nutriments susceptible de soulager considérablement les pressions exercées sur l’environnement. De tous les pays de la région, le Chili est celui qui a accompli le plus de progrès à cet égard, puisqu’il bénéficie d’un traitement des eaux usées urbaines généralisé. Quelques autres pays de la région ont considérablement élargi leur couverture du traitement des eaux usées. On compte parmi les pays qui traitent plus de la moitié de leurs effluents urbains le Brésil, le Mexique et l’Uruguay. Des plans de grande envergure en faveur de l’augmentation du traitement des eaux usées sont prévus dans de nombreuses grandes villes telles que Buenos Aires, Bogota, Lima, Mexico et São Paulo, mais la plupart d’entre eux sont reportés depuis des années en raison de contraintes financières et institutionnelles. Les eaux usées traitées pourraient représenter pour ces villes une importante source d’approvisionnement en eau, surtout pour celles qui se situent dans des zones arides (Lima, par exemple), où celles pour lesquelles de longs acheminements sont nécessaires pour répondre à une demande croissante (comme c’est le cas pour São Paulo). Le développement du traitement des eaux usées urbaines nécessite des investissements conséquents que ces pays, encore récemment, ne pouvaient se permettre. Il faudrait que l’Amérique latine et les Caraïbes investissent plus de 33 milliards de dollars américains pour porter la couverture de traitement des eaux usées à 64 % d’ici 2030. D’après une autre étude, il faudrait 30 milliards de dollars américains pour réduire de moitié le taux actuel d’eaux usées qui ne sont pas traitées. En outre, près de 34 milliards de dollars américains seraient nécessaires à l’expansion des systèmes d’évacuation des eaux pluviales, ce qui permettrait de réduire la pollution due aux eaux de ruissellement urbain non maîtrisées. Il s’agit là d’un aspect crucial en matière de gestion des eaux usées urbaines qui a d’importantes incidences sur les plans économique et social : étant donné qu’une grande partie de la région se trouve dans des zones tropicales ou subtropicales, caractérisées par de fortes précipitations, et que la plupart des villes sont dépourvues d’infrastructures appropriées en matière d’évacuation des eaux pluviales, les inondations urbaines y sont fréquentes, coûteuses, et touchent une grande partie de la population