Exigences de capital et risque systémique

Depuis la crise financière, la réduction du risque systémique est devenue un objectif clé pour les décideurs politiques du monde entier. Cette colonne met en lumière la réussite des exigences de fonds propres en termes de réduction du risque systémique, dans le contexte du secteur bancaire européen. Les résultats montrent qu’une augmentation des exigences de fonds propres en Europe conduit à des mesures accrues de risque systémique, en opposition aux objectifs de l’exercice. Cela ne signifie cependant pas que les besoins en capital diminuent le bien-être. Acharya virale, Matthew Richardson La crise financière de 2007-2008 a clairement montré que les défaillances et les pertes généralisées des institutions financières imposent une externalité négative à l’économie réelle. Limiter ce «risque systémique» est devenu un objectif clé pour les décideurs du monde entier. En conséquence, une première littérature s’est concentrée sur la compréhension de l’impact des interventions politiques sur diverses mesures du risque systémique. Par exemple, Berger et al. (2018) étudient si le TARP – le plan de sauvetage du système financier américain – a réussi à réduire le risque systémique des institutions affectées et a donc contribué à stabiliser l’économie américaine. Une alternative à la recapitalisation directe des banques comme dans le TARP est d’augmenter les exigences de fonds propres des banques. Il s’agit en effet d’une voie suivie par de nombreux décideurs politiques après la crise. Par exemple, l’introduction européenne de Bâle III (CRD IV / CRR) propose un «tampon de risque systémique» spécifique. Cependant, il existe encore peu de preuves sur la réussite des exigences de fonds propres en termes de réduction du risque systémique. Dans un article récent, nous essayons d’éclairer cette question (Bostandzic et al.2018). Plus précisément, nous examinons un riche ensemble de mesures du risque systémique avant, pendant et après l’exercice de fonds propres de l’ABE de 2011. L’exercice de fonds propres de l’ABE visait à renforcer la confiance dans le secteur bancaire européen au milieu de la crise de la dette souveraine. Elle a conduit à une augmentation du capital requis de niveau 1 à 9% pour un sous-ensemble de banques européennes («banques EBA»). Dans notre article, nous comparons l’évolution des mesures du risque systémique pour les banques EBA avec des résultats similaires avec d’autres banques européennes comparables. Le risque systémique étant difficile à mesurer, nous nous appuyons sur plusieurs mesures différentes. Une mesure populaire est SRISK (Acharya et al. 2012), qui est censé saisir le manque à gagner estimé d’une institution conditionnelle à une baisse du marché. Intuitivement, SRISK mesure la quantité de capital nécessaire pour rétablir le ratio de capital d’une institution financière en cas de ralentissement des marchés financiers. Dans notre article, nous nous concentrons sur SRISK en tant que mesure du risque systémique, conjointement avec trois autres mesures populaires. La principale conséquence de notre analyse empirique est que l’augmentation des exigences de fonds propres pour les banques EBA conduit à des mesures accrues du risque systémique. C’est l’opposé de ce qui était prévu. Pour voir cela, considérons la figure 1 où nous traçons le SRISK du secteur bancaire européen, ainsi qu’une série contrefactuelle basée sur nos estimations. Figure 1 SRISK agrégé, réalisé vs contrefactuel SRISK pour notre échantillon de banques augmente initialement à environ 900 milliards d’euros au début de l’exercice de capital. Il reste élevé également après la fin de l’exercice de capital. En revanche, notre SRISK contrefactuel reste relativement stable tout au long de la période de réforme. Quelle est la cause de cette augmentation du déficit de capital estimé? Dans notre article, nous étudions les raisons sous-jacentes pour lesquelles nous observons une augmentation des différentes mesures du risque systémique. Benoit et al. (2014) montrent que les différentes mesures du risque systémique que nous considérons peuvent être exprimées comme des transformations des mesures du risque de marché et des postes de bilan des banques. Plus précisément, la variation des mesures du risque systémique d’une institution à l’autre est déterminée par le risque systématique d’une banque, sa valeur à risque (VaR), sa volatilité du rendement, le coefficient de corrélation entre les rendements des actions bancaires et boursières, la dette comptable et la capitalisation boursière. Nous analysons donc comment des exigences de fonds propres plus élevées affectent ces facteurs fondamentaux de risque systémique propres aux institutions. Notre analyse empirique révèle que les exigences de fonds propres entraînent principalement une baisse des rendements attendus des actions bancaires de l’ABE et une augmentation de la covariance avec les rendements du marché. À leur tour, ces facteurs conduisent à une augmentation de l’exposition estimée au risque systémique. Cela entraîne une augmentation du risque systématique et réduit la VaR (c’est-à-dire augmente le risque de queue d’une banque) ainsi que la valeur de marché du capital. Recapitaliser les banques faibles L’analyse empirique dans notre document montre qu’une augmentation des exigences de fonds propres entraîne une augmentation du risque systémique. D’un point de vue politique, une question cruciale est donc de savoir s’il existe d’autres politiques plus efficaces en termes de réduction du risque systémique des banques. Pour répondre à cette question, il est nécessaire d’estimer comment d’autres interventions politiques affectent le risque systémique. Deux articles sont particulièrement pertinents à cet effet. Berger et al. (2018) analysent l’effet de la participation au TARP américain sur les mesures du risque systémique. De même, Mutu et Ongena (2018) analysent les effets sur le risque systémique d’un ensemble d’épisodes internationaux de recapitalisations, d’injections de liquidité et de garanties publiques. Une conclusion générale des deux articles est que les recapitalisations pures diminuent le risque systémique. Par conséquent, une conclusion provisoire de ces articles et de l’analyse que nous présentons est que la recapitalisation dirigée est un meilleur outil politique si l’objectif est de réduire le risque systémique. Cela fournit un nouveau soutien aux principes clés de la réglementation des fonds propres bancaires décrits dans Greenwood et al. (2017) qui soulignent la nécessité de réguler le capital plutôt que les ratios de capital, en particulier après des chocs défavorables. Implications pour le bien-être Enfin, il convient de souligner que cela n’implique pas que les exigences de capital diminuent le bien-être. Premièrement, les exigences de fonds propres sont susceptibles d’être plus efficaces pour atteindre d’autres objectifs du point de vue du planificateur social, comme la réduction du coût des prêts bancaires excédentaires associés à l’assurance-dépôts. Par conséquent, il est probable que les décideurs politiques devraient conserver les deux outils dans la boîte à outils, chacun répondant à des préoccupations différentes. Deuxièmement, cette augmentation des besoins en capital s’est produite lors d’un ralentissement économique majeur où le coût marginal des capitaux propres est potentiellement élevé.

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